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Curieux des empreintes et des chants laissés par les «transhumants », chanteur nomade moi-même, faiseur d’imaginaire, je file le temps et la "toile" au gré de multiples rencontres fraternelles. M’amusant de tout. Quoique souvent sérieux.

"Invente ! il n’est fête perdue au fond de ta mémoire. Invente les noirs béants de ce portail, l’ombre chaude à l’Equateur bue, et la foudre en tes mains reçue, ouverte comme un éventail"
(Extrait de « Langage » du poète Robert Ganzo 1898-1995)


mardi 21 février 2012

Télérama : Ai Weiwei, l'artiste qui fait trembler la Chine

http://www.telerama.fr/scenes/ai-weiwei-l-artiste-qui-fait-trembler-la-chine,78020.php
Le 20 février 2012    -    Mis à jour le 21 février 2012 à 11h47
Artiste protéiforme et blogueur “subversif”, emprisonné de multiples fois, Ai Weiwei est un symbole de la liberté d'expression en Chine. Le Jeu de paume, à Paris, le met à l'honneur.
Voilà maintenant plus de trois ans que les autorités chinoises tentent, par tous les moyens, de le museler. Mais sans que la censure soit jamais explicitement évoquée. « Ce que tu fais n'est pas bien… », se contentent de lui dire laconiquement les policiers après l'avoir filé, enfermé, voire passé à tabac. Jusqu'à l'arrêter le 3 avril dernier et le garder au secret quatre-vingt-un jours durant. Au final pourtant, c'est le contraire qui s'est produit : en Chine comme en Occident, on n'a jamais autant parlé de Ai Weiwei.
Même si ceux qui connaissent le travail de ce plasticien, dont les photos et les vidéos sont exposées pour la première fois en France, à Paris, restent rares. L'occasion de découvrir un artiste hors norme, passant avec une aisance confondante de la peinture à la photo, du design à l'architecture, faisant de son blog, de Twitter ou de ses investigations sur Internet une discipline artistique à part entière. Son œuvre, commencée à New York à l'aube des années 80, sous forme de journal intime en image, sonde la Chine d'aujourd'hui. Elle se fait parfois spectaculaire.
Lire sur :
http://www.telerama.fr/scenes/ai-weiwei-l-artiste-qui-fait-trembler-la-chine,78020.php

Comment êtes-vous venu à l'art ?

Petit à petit. Même dans les périodes les plus difficiles, mon père trouvait la force de nous raconter des histoires de sa vie à Paris. Il nous parlait d'impressionnisme, de cubisme, des poètes qu'il avait découverts, comme Rimbaud ou Baudelaire. Mais pour rien au monde, il n'aurait voulu que je devienne artiste. C'était trop dangereux. Il me rêvait une vie ordinaire d'ouvrier ou de fermier. Sauf que je voulais fuir la situation politique dans laquelle se trouvait mon pays. Et le meilleur moyen pour y parvenir, c'était de se réfugier dans l'art. S'absorber dans les formes, les motifs, les couleurs permet de s'échapper du quotidien.

Votre père, le poète Ai Qing (1910-1996), avait lui-même été arrêté et déporté. N'avez-vous pas l'impression que l'histoire se répète ?


"J'aime cette terre 
Même si j'étais un oiseau
avec mon gosier enroué je chanterais
cette terre fouettée par les tempêtes
ces fleuves où déferlent nos colères et nos peines
ce vent furieux qui n'en finit pas de souffler
et cette aube infiniment tendre venue de la forêt...
Enfin avec la mort
je laisserais mes plumes se décomposer dans la terre
Ah! Pourquoi mes yeux sont-ils toujours embués de larmes
Parce que j'aime cette terre d'un amour très profond..."

17 novembre 1938
Ai Qing
Traduit par Zhang Yunshu 

En 1929, mon père, alors étudiant en art, est allé à Paris. Il y est resté trois ans, et je crois qu'il y a vécu ses plus belles années. Il n'avait pas un sou mais m'a dit n'avoir jamais été aussi libre. A son retour, le Kuomintang [parti nationaliste chinois au pouvoir de 1928 à 1949, ndlr] l'a arrêté, pour les mêmes raisons que moi. A sa sortie, il s'est rapproché des communistes et a embrassé leur combat. Pourtant, dès 1949, catalogué « droitier », il faisait les frais des premières purges et était déporté. Moi j'ai grandi dans le Xinjiang, pendant la révolution culturelle, qui a démarré en 1966. Mon père y avait été condamné à nettoyer les toilettes publiques. Elles étaient dans un état terrifiant de saleté. Mais lui s'est attaché à en laver chaque recoin, jusqu'à faire briller les lieux. Lorsque la police m'a interpellé l'année dernière, qu'elle m'a jeté une couverture sur la tête, poussé dans une voiture, menotté à une chaise pendant des heures, j'ai repensé à lui, arrêté quatre-vingts ans plus tôt pour avoir réclamé ce droit fondamental qu'est la liberté d'expression. Et j'ai eu le sentiment que l'aventure dans laquelle je suis embarqué aujourd'hui a commencé voilà cinquante ans.



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