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Curieux des empreintes et des chants laissés par les «transhumants », chanteur nomade moi-même, faiseur d’imaginaire, je file le temps et la "toile" au gré de multiples rencontres fraternelles. M’amusant de tout. Quoique souvent sérieux.

"Invente ! il n’est fête perdue au fond de ta mémoire. Invente les noirs béants de ce portail, l’ombre chaude à l’Equateur bue, et la foudre en tes mains reçue, ouverte comme un éventail"
(Extrait de « Langage » du poète Robert Ganzo 1898-1995)


mardi 6 décembre 2011

La condi­tion d’étranger 


Né en 1966, Guillaume le Blanc est philosophe et écrivain. Il est professeur de philosophie à l’Université Michel-de-Montaigne - Bordeaux III. Son travail porte essentiellement sur la question de la « critique sociale ». Il étudie plus spécifiquement les limites complexes qui distinguent précarité, exclusion, vie décente et normalité. Il a publié sur ce sujet : Les maladies de l'homme normal, (Editions du Passant, 2004) ; Vies ordinaires, vies précaires (Seuil, 2007) ; L’invisibilité sociale (PUF, 2009), ainsi qu’un roman : Sans domicile fixe (Ed. du passant, 2004).  

Extrait de Dedans, dehors. La condi­tion d’étranger :
L’étranger n’est pas un héros de l’adversité radi­cale mais un rôdeur ayant passé cer­taines fron­tières, éconduit et recon­duit à d’autres fron­tières, situé de ce fait dans des espaces inter­mé­diaires, entre le dedans et le dehors, logé non pas dans l’extériorité radi­cale mais dans les inter­stices pré­caires de l’entre-deux. Des enfants peuvent avoir passé la fron­tière de l’école élémen­taire, être assis devant leur pupitre à l’école élémen­taire ou au col­lège et ne pas avoir fran­chi la fron­tière pré­fec­to­rale. Leurs parents peuvent tra­vailler, avoir fran­chi la fron­tière écono­mique et être en attente de papiers, mal logés. Nulle part il n’existe donc cette gloire du dehors radi­cal, qui, sou­dai­ne­ment, en vertu d’une méta­mor­phose incen­diaire, ferait irrup­tion dans le chez-soi pour le trou­bler défi­ni­ti­ve­ment et en faire sur­gir une figure renou­ve­lée, radieuse. Être dési­gné étran­ger, c’est être pris dans le filet des fron­tières, ni tota­le­ment au-dedans ni tota­le­ment au-dehors.
J’appelle condi­tion d’étranger la pré­ci­pi­ta­tion dans la situa­tion d’être dedans tout en étant dehors, engen­drée par la dési­gna­tion d’une vie comme étran­gère. La condi­tion d’étranger n’est pas une condi­tion humaine par­ta­gée, elle repose sur une dési­gna­tion qui crée la pos­si­bi­lité (sociale, juri­dique, écono­mique) d’être dedans tout en étant dehors.
Dedans, dehors. La condi­tion d’étranger, p. 43–44


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