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Curieux des empreintes et des chants laissés par les «transhumants », chanteur nomade moi-même, faiseur d’imaginaire, je file le temps et la "toile" au gré de multiples rencontres fraternelles. M’amusant de tout. Quoique souvent sérieux.

"Invente ! il n’est fête perdue au fond de ta mémoire. Invente les noirs béants de ce portail, l’ombre chaude à l’Equateur bue, et la foudre en tes mains reçue, ouverte comme un éventail"
(Extrait de « Langage » du poète Robert Ganzo 1898-1995)


vendredi 25 février 2011

La carte des révoltes au Maghreb et au Moyen-Orient


Bertrand Badie
"Les sociétés prennent leur revanche en Tunisie, Egypte et Libye"
LEMONDE.FR | 24.02.11 | 17h24  •  Mis à jour le 24.02.11 | 20h36

Bertrand Badie né le 14 mai 1950 à Paris, est un politologue français spécialiste des relations. Il est professeur des Universités à l’Institut d’études politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI).

Lire:

MI-5 : Croyez-vous que l'Occident sera au rendez-vous de l'histoire des peuples arabes ou va-t-il échouer au profit à terme de courants islamistes radicaux ?

Dans ce travail, l'Occident est bien mal parti. C'est en son sein, et non de l'intérieur du monde arabe, qu'a été inventée cette notion funeste d'"autocratie modernisatrice". L'idée, sinon le plan, était simple et se retrouvait déjà dans l'idéologie développementaliste des années 1960 : la mise en place de régimes autoritaires était jugée comme nécessaire pour assurer le développement et l'accession prochaine de ces sociétés au paradis de la démocratie et de la consommation. La recette avait même un avantage pour les tuteurs occidentaux : celui de leur offrir sur un plateau des princes dépendant de la manne occidentale et devenant ainsi des clients idéaux pour la diplomatie des grandes puissances.
Circonstance aggravante : la plupart des diplomaties occidentales ont fait preuve d'une incroyable myopie, préférant regarder les dictateurs devenus des partenaires routiniers plutôt que les sociétés, leur évolution et leurs transformations. Du coup, les premiers frémissements sociaux étaient accueillis avec scepticisme, et on préférait offrir une coopération répressive, à peine assortie de conseils de sagesse, plutôt que de prendre en compte ces dynamiques nouvelles. Peut-être les Etats-Unis ont-ils ici fait preuve de davantage de lucidité, Barack Obama ne faisant, en tout cas dans les cas tunisien et égyptien, que suivre la grammaire de ses premiers discours.

Alouette : Que pensez-vous de la réaction de la France dans cette ébullition arabe ? La diplomatie française est-elle à la hauteur ? Que reste-t-il de la diplomatie française ? Que reste-t-il de la politique arabe de la France ?

La diplomatie arabe de la France était déjà bien érodée depuis quelque temps. La coupure n'est peut-être pas 2007, mais se situe autour de 2004, 2005 et la fin du second mandat de Jacques Chirac. On a vu peu à peu disparaître les ressources et les orientations qui distinguaient la France, au sein du monde arabe, de ses partenaires occidentaux. La navrante parenthèse de l'Union pour la Méditerranée n'a pas ranimé cette politique arabe, elle l'a dissoute dans une totalité informe. Aujourd'hui, nous vivons une troisième étape : plus de diplomatie arabe, plus de reconnaissance d'un monde qui a sa personnalité propre, mais aussi une froide ignorance des réalités sociales, pourtant si riches et si complexes, qui font en même temps l'instabilité et l'avenir du monde arabe.

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