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Curieux des empreintes et des chants laissés par les «transhumants », chanteur nomade moi-même, faiseur d’imaginaire, je file le temps et la "toile" au gré de multiples rencontres fraternelles. M’amusant de tout. Quoique souvent sérieux.

"Invente ! il n’est fête perdue au fond de ta mémoire. Invente les noirs béants de ce portail, l’ombre chaude à l’Equateur bue, et la foudre en tes mains reçue, ouverte comme un éventail"
(Extrait de « Langage » du poète Robert Ganzo 1898-1995)


jeudi 2 décembre 2010

Victor Segalen (1878-1919). Celui que j'ai fait Noble de mon amitié, Prince du sang de mon cœur fraternel et Censeur à mon secret empire,

Victor Segalen (né le 14 janvier 1878 à Brest - mort au Huelgoat le 21 mai 1919) est un poète français dont l'œuvre a été particulièrement imprégnée des cultures qu'il a rencontrées dans l'exercice de son métier de médecin de la marine.

Dès 1908, Segalen s'intéresse à la Chine. Il souhaite y devenir interprète, et s'y installe avec sa femme et son fils en 1910. Il publie la première édition des "Stèles" à Pékin en 1912. Interrompu par la guerre dans le cours d'une expédition archéologique en Chine, il rentre en France, passe quelque temps au front, puis retourne en Chine pour y recruter des volontaires. Il continue ses recherches archéologiques, qui inspirent "Chine, la grande statutaire".

Empreinte

Choun, Empereur, donnant investiture aux cinq classes de princes, leur confiait des tablettes de jade,

De contours stricts et d'ornements divers : deux colonnes, -- un homme au corps droit, -- un homme courbé, -- des épis, -- des joncs.

Mais il en gardait les empreintes. Parfois juxtaposant l'une à l'autre et pressant de sa main, il vérifiait l'authentique investiture.

o

Celui que j'ai fait Noble de mon amitié, Prince du sang de mon cœur fraternel et Censeur à mon secret empire,


Celui-là, n'a-t-il pas reçu le jade : -- deux hommes penchés -- pour emblème ? Il revient. J'ai gardé l'empreinte. Affrontons la double fidélité.

o

Hélas ! Oh hélas ! Les contours ne s'enferment plus ; les coins se heurtent et les creux tintent le vide : est-ce là le dépositaire choisi ? A-t-il perdu la forme de mon âme ?

Plutôt, est-ce mon âme dont la forme a gauchi ?

Extrait de:
Stèles est un recueil de poèmes en prose, publié par Victor Segalen en 1912 à Pékin.
A découvrir dans la collection poésie Gallimard.

« Sous les Han, voici deux mille années », les stèles étaient des montants destinés à faciliter la mise en terre des cercueils. On y inscrivait des commentaires en guise d'oraison funèbre. Elles sont maintenant des plaques de pierre, montées sur un socle, dressées vers le ciel et portant une inscription.

Leur orientation est significative. Les stèles donnant au sud concernent l'Empire et le pouvoir, celles vers le nord parlent d'amitié, celles vers l'est d'amour, les stèles vers l'ouest concernent les faits militaires. Plantées le long du chemin, elles sont adressées à ceux qui les rencontrent, au hasard de leurs pérégrinations ; les autres, pointées vers le milieu, sont celles du moi, du soi...

A chaque partie correspond un idéogramme chinois, et une phrase en chinois est portée en tête de chaque poème.

Un autre site à visiter:
http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/segalen/stelesweb.htm

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