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Curieux des empreintes et des chants laissés par les «transhumants », chanteur nomade moi-même, faiseur d’imaginaire, je file le temps et la "toile" au gré de multiples rencontres fraternelles. M’amusant de tout. Quoique souvent sérieux.

"Invente ! il n’est fête perdue au fond de ta mémoire. Invente les noirs béants de ce portail, l’ombre chaude à l’Equateur bue, et la foudre en tes mains reçue, ouverte comme un éventail"
(Extrait de « Langage » du poète Robert Ganzo 1898-1995)


samedi 13 novembre 2010

Michel Houellebecq

PRIX LITTÉRAIRES 2010

Le 8 novembre 2010 à 14h35
Télérama
LE FIL LIVRES
Nathalie Crom
Extraits :

Voir l’article dans son intégralité :
http://www.telerama.fr/livre/houellebecq-au-sommet-enfin,62135.php

C’est officiel, le jury du Goncourt a rendu son verdict : La Carte et le Territoire”, 5e roman de Michel Houellebecq, vient d’obtenir la récompense suprême, et au premier tour ! Il faut dire que jamais un des livres de l’auteur des “Particules élémentaires” n’aura suscité pareille unanimité auprès de la critique et du public. Moins polémique, moins cynique… l’auteur aurait-il changé ?

« Cet écrivain a un regard politique, et cette capacité rare de savoir métaboliser son savoir pour en faire des pages de fiction. Et à partir de ce moment-là, j’ai eu envie de le publier ».
Teresa Cremisi, pdg du groupe Flammarion et éditrice de La Carte et le Territoire.

De forme plus classique donc, et portée par une impressionnante puissance narrative. « Le consensus autour du livre me paraît s’expliquer simplement par le fait que c’est un excellent roman, remarquablement construit, analyse Bruno Blanckeman, professeur de littérature française des XXe et XXIe siècles à l’université Paris-III. Un roman qui s’empare de modèles romanesques classiques et les réactualise. Le modèle réaliste et psychologique à la Balzac est le principal, mais il se trouve ici confronté à d’autres traditions romanesques : celle du roman spéculaire, qui utilise les jeux de miroirs, les mises en abyme, l’autoreprésentation de l’écrivain, et met la question de la création au centre même du livre ; celle de l’autofiction ; celle du roman policier ; celle aussi du roman technologique, scientifique, médical, avec une dimension documentaire… Michel Houellebecq entrecroise et mêle tout cela, comme dans une sorte de récapitulation de l’histoire littéraire. C’est aussi un roman habile, qui comble les attentes de différents lectorats.

Le ton de Houellebecq a changé. Soulignée par la critique, la dimension mélancolique a comme pris le dessus sur le cynisme, certaine forme de cruauté rageuse, voire le nihilisme ou l’antihumanisme auparavant souvent mis en avant, de façon négative, par les critiques littéraires et une partie du public. « Si Houellebecq a choqué dans ses romans antérieurs, c’est en partie parce que, chez lui, l’expression du désenchantement ne passait pas par le lyrisme, l’expression classique de la douleur, mais par le cynisme, la provocation, la déconstruction moqueuse de tout ce qui est idéal progressiste.

Dans ce livre Michel Houellebecq y parle notamment de ses parents, sujet intime qu’il n’abordait pas auparavant. Ce livre de dialogue a constitué une étape fondamentale. On y retrouve quelque chose que l’on sentait auparavant dans ses poésies (3), non dans ses romans : comme une sorte de mélancolie, jusqu’alors étouffée par la dynamique rageuse des Particules élémentaires, de Plateforme. » « Dans La Carte et le Territoire, Michel Houellebecq parvient, notamment par le travail sur les paysages, à une expression presque picturale du désenchantement : le froid, la netteté silencieuse d’une campagne sous la neige… ajoute Bruno Blanckeman. Cela atténue le côté provocateur et violent antérieur. Par ailleurs, un principe de compassion nouveau régit les rapports de l’écrivain avec ses personnages dans ce livre. Il accompagne des destins, tous en partie ratés, avec beaucoup d’empathie. Il y a de la dérision, mais pas de provocation. Le cynisme de Houellebecq s’est converti en humour noir, en drôlerie caustique. Et tout cela est travaillé avec beaucoup de nuance. Il se tient sur le fil entre dérision et sympathie. Ses personnages ne sont ni ridicules ni odieux, il travaille sur l’entre-deux. »

Lectrice attentive et amusée de la satire féroce du monde de l’art à laquelle se livre Houellebecq dans le roman, Catherine Millet, critique d’art et directrice de la revue Art Press, avoue avoir été particulièrement sensible à la justesse de ce portrait : « Des individus comme cet homme, qui ont à la fois réussi et raté leur vie, qui semblent n’avoir que des raisons de contentement mais qui savent bien, au fond d’eux-mêmes, qu’ils ont renoncé à leurs ambitions initiales, j’en ai croisé tellement souvent, notamment dans le monde de l’art… »

« En posant la question : allons-nous devenir une sorte de nation d’attraction pour les néocapitalistes venus de Chine, de Russie ou d’ailleurs ? Un pays vivant de l’industrie des loisirs, livré aux nouveaux conquérants du monde ? On est libre ou pas d’accepter cette idée développée par l’écrivain d’une identité française muséographique. Il s’agit d’une fiction, donc d’une hypothèse. Mais il me semble vraiment que La Carte et le Territoire capte l’anxiété du temps, en l’insérant dans une vision de l’Histoire qui va de l’industrialisation jusqu’au milieu du XXIe siècle. C’est une façon de penser où nous en sommes et vers quoi nous allons, en l’intégrant dans le long terme. »
Bruno Blanckeman professeur de littérature française des XXe et XXIe siècles à l’université Paris-III.

« Mais je suis enclin à m’interroger, non sans perplexité. Quelle est cette société, la nôtre, qui semble se reconnaître dans cette vision ? Cette société qui écoute si attentivement ce brillant prophète de la nullité des temps qu’est Michel Houellebecq et s’identifie à son discours ? Tout cela reste très énigmatique… » Questions qui sont au fond, sans doute, celles que se pose Michel Houellebecq lui-même, de livre en livre… »
Michel Crépu essayiste et critique

La Carte et le Territoire (le livre)
Est La vie de Jed Martin, artiste à succès et homme solitaire, qui croise notamment sur sa route un certain Houellebecq.
Ed. Flammarion, 2010.

http://www.telerama.fr/livre/houellebecq-au-sommet-enfin,62135.php

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