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Curieux des empreintes et des chants laissés par les «transhumants », chanteur nomade moi-même, faiseur d’imaginaire, je file le temps et la "toile" au gré de multiples rencontres fraternelles. M’amusant de tout. Quoique souvent sérieux.

"Invente ! il n’est fête perdue au fond de ta mémoire. Invente les noirs béants de ce portail, l’ombre chaude à l’Equateur bue, et la foudre en tes mains reçue, ouverte comme un éventail"
(Extrait de « Langage » du poète Robert Ganzo 1898-1995)


vendredi 8 octobre 2010

Le voyage de Niels - La gare routière- (Aka: une journée en enfer) - le 03/10/2010



En Inde
Niels cite Proust.

"Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec les yeux d'un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d'eux voit, que chacun d'eux est... »
Marcel Proust, « La prisonnière »

Extérieurement, on ne change que le décor,
intérieurement, rien ne change et tout change.
Enjoy the trip.

2/ La gare routière
(Aka: une journée en enfer)

Après renseignement a l'office de tourisme, il semble possible de rejoindre Thanjavur par bus en partant en fin d'après midi. Rassurés, nous nous dirigeons donc vers la gare, espérant -très naïvement- avoir le bus annonce a 17h.

Mais nous n’avions évidemment pas connaissance de l'incroyable chaos de la gare routière de Pondicherry!
Dans cet immense parking se croisent des dizaines (centaines?) de bus tentant à grand coup de klaxon- de se frayer un chemin parmi leurs congénères. Arriver dans cette gare, c est un peu comme si l on assistait a un gigantesque opéra-ballet dansant crée par un compositeur fou (ou sous acide), dans la plus pure tradition de l'art contemporain. Autrement dit : le non initié ne peut définitivement rien y comprendre.

Toutes les indications- lorsqu'il y en a, sont rédigées en tamil, et donc incompréhensibles pour les non locuteurs...
Il nous reste donc à interroger patiemment le personnel de la gare, contrôleurs et conducteurs... Et c'est a partir de la que le chaotique mais sympathique ballet opéra devient un véritable casse tête infernal, qui n'est pas sans rappeler "la maison qui rend fou" dans Les douze travaux d'Astérix...

Car si les indiens répondent presque toujours lorsqu’on leur pose une question, cela ne signifie pas que l'indication donnée soit juste! Non pas qu'ils veuillent délibérément nous induire en erreur, simplement, je crois qu'ils préfèrent répondre n'importe quoi plutôt que de dire "je ne sais pas", peut être est ce aussi par politesse, afin de ne pas nous contrarier?

Quoiqu'il en soit, a une question aussi basique que "y'a t-il un bus pour Thanjavur, à quelle heure part-il?" nous aurons presque autant de réponses différentes que de personnes interrogées!

En une heure de recherches désespérés, j 'ai ainsi pu entendre:
" Il n'y a pas de bus pour Thanjavur."
"Il part dans 30 minute voie 1"
"Il part dans 1h30 voie 7"
"Il n'y a pas de direct, prenez le bus pour Chidambaram puis de la, faites la correspondance pour Thanjavur"

Chaque personnes répondant avec la même assurance, il est difficile de savoir a qui se fier... la méthode la plus fiable me semble finalement d'interroger un grand nombre de personnes et de se fier a la réponse la plus fréquente.

Finalement, après 2h30 a attendre un bus inexistant, nous nous résignons a prendre le bus pour Chidambaram, espérant avoir la connexion pour Thanjavur...

nous quittons donc Pondicherry vers 19h, assis tout à l’arrière d’un bus surchargé, et au confort très rudimentaire -si besoin est de le préciser! (Mais au moins avons nous la chance d'être assis).

Malgré la nuit noire qui règne sur la route, (aucun autre éclairage que ceux des véhicules).
Le bus roule particulièrement vite ce soir la, klaxonnant a tout va pour sommer aux autres véhicules de s'écarter de son chemin (sur les routes indiennes comme dans toute la société en générale, la conscience de la hiérarchie est très fortement ancrée, c’est le plus fort ou le plus imposant qui gagne!)

Les nombreux nids de poules qui parsèment la route nous font faire des sauts qui nous décollent de nos sièges. Enfin je dis "nid de poules", mais c'est souvent plus proche de la crevasse d'obus au fond...

Une terrible et insupportable envie d'uriner me prend sur la dernière heure du trajet, pression insoutenable qui me fait envisager les solutions les plus absurdes pour ne pas me pisser dessus (pisser par la porte arrière du bus, par la fenêtre ou dans une bouteille d'eau...) Enfin une once de fierté me retint, mais j'étais très près de céder lorsque le miracle se produisit: le bus s'arrête enfin dans la gare de Chidambaram juste en face d'un urinoir public. Je n'ose parler de libération ou d’extase, mais toujours est il que depuis j'ai appris a prendre mes précautions avant de prendre un bus long trajet...

les miracles s'enchaînèrent ce soir la: malgré l'heure tardive ( 22h30 à Chidambaram) il y avait bien un bus pour Thanjavur! c'est finalement vers 1h30 que nous arrivâmes enfin dans la gare quasi déserte de Thanjavur. Une gare désertique en Inde, c'est très rare... Avisant la place d'un coup d'oeil circulaire, une inquiétude me prend: aucun rickshaw a l'horizon, hors nous sommes très a la périphérie de la ville, impossible de rejoindre un hôtel a pied!

Mais la chance fut définitivement de notre cote ce soir la. Un rickshaw traversa la place pour déposer des passagers, courant a sa rencontre, nous acceptons sans broncher les 100 roupies demandées pour la course, guère d autre choix ( et puis au fond la gare était vraiment loin du centre ville)

Le rickshaw nous déposa finalement a deux heures du matin dans un hôtel du centre ville, près de la gare ferroviaire. Dernier miracle de la soirée le personnel de l'hôtel dormait derrière le comptoir, et pu donc nous ouvrir et nous louer une chambre pour trois, peu luxueuse et plutôt chère, mais qu'importe après ce périple, nous étions bien trop heureux de pouvoir nous effondrer dans un lit!

Une escale à Pondicherry
L'escale a Pondicherry relève un peu de l'accident de parcours, nous n'avions pas prévu de nous y arrêter, mais les circonstances ont fait que cette ville s'est imposée malgré tout, me rappelant au passage que vouloir absolument maîtriser le cours des événements relève souvent d'une folle et absurde prétention, en Inde encore plus qu'ailleurs!

Avant même d'y être arrivé, je souhaitais déjà repartir de ce que je considère - a tort ou a raison- n'être qu'une ancienne ville coloniale sans réelle saveur...

Cet état d'esprit n'est évidemment pas propice a la découverte d'un lieu, pas plus qu'il ne l'est pour les relations humaines...

Cependant, il reste de ce court séjour deux anecdotes sympathiques a raconter...

1/ Le marche de Pondicherry
"Le lieu est sans doute bruyant, mais ce qui me revient en mémoire reste cette multiplicité, ce festival d'odeurs et de couleurs sollicitant, parfois à l'excès, les sens des passants".
Lire la suite :
http://w-a-mi.blogspot.com/

En aparté

Que ce soit bus ou train, les transports Indiens ont un point commun: les trajets sont longs et souvent surchargés...

Cependant il y a long, et Long! Jusqu'a ce jour, mon trajet le plus long fut Madurai Allepey, soit 10h de train!

Mais 10h ce n'est rien! Demain, je monterai dans le train Aurangabad Delhi pour un joyeux périple de 22h... A ce niveau c'est un peu le même ressenti qu'en tant que modèle vivant pour une pose longue:

Le temps se déforme jusqu'à perdre toute consistance, une minute peut alors sembler un siècle (l’inverse étant moins souvent le cas...).

Entre deux sommeils, les paysages défilent et finissent par se mêler aux rêves...
Lorsque l'écoute fait défaut, les songes deviennent souvent une fuite pour palier à l'ennui.

Et il y'a aussi l'envie de lire. Les livres sont bien les amis des voyageurs... Désormais je mettrai en lien quelques textes qui m’accompagnent aux cours de ces longs trajets sur les routes indiennes.

Aujourd'hui, j ai découvert avec joie : "Le chemin de campagne", de Martin Heidegger.
http://www.omalpha.com/jardin/heidegger1.html

Niels.
A suivre donc.

P.s : clavier qwerty d'où l'absence d'accent et de nombreuses fautes de frappes.
Sorry.
http://fr.wikipedia.org/wiki/QWERTY

Sur la photographie, un portrait de Niels

Quelques mots au sujet de la pratique du yoga du Cachemire

La pratique du yoga qui est proposée dans ces cours s'inspire du yoga non dualiste du Cachemire, dont la tradition fut reformulée en France par Jean Klein, puis prolongée par Eric Baret.

Cette approche propose de se donner à l'écoute du corps, des sensations et émotions, sans interprétation ni jugement de ce qui est vécu.

Les postures et pratiques respiratoires abordées sont un prétexte pour se familiariser avec l'écoute de ce qui est ressenti d'instant en instant. Des gestes lents favorisent la présence dans les poses, qui s'adaptent à chaque morphologie. L'observation des mécanismes de défense, de résistance, de contrôle, permet peu à peu de se libérer de ces conditionnements, et de retrouver une forme d'ouverture dans la relation au monde: ne plus vivre contre mais avec ce qui se présente.

Libéré de la volonté de réussir, le mental s'apaise, les tensions s'éliminent. Le lâcher prise révèle l'espace pour une disponibilité, une présence qui est appelée à se transposer à nouveau dans la vie quotidienne.

Il n'y a nul besoin d'être souple, fort ou endurant pour aborder cette pratique, seulement d'aimer observer, ressentir, écouter...

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