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Curieux des empreintes et des chants laissés par les «transhumants », chanteur nomade moi-même, faiseur d’imaginaire, je file le temps et la "toile" au gré de multiples rencontres fraternelles. M’amusant de tout. Quoique souvent sérieux.

"Invente ! il n’est fête perdue au fond de ta mémoire. Invente les noirs béants de ce portail, l’ombre chaude à l’Equateur bue, et la foudre en tes mains reçue, ouverte comme un éventail"
(Extrait de « Langage » du poète Robert Ganzo 1898-1995)


dimanche 28 décembre 2008

Le cul du babouin

PAR Bernard Langlois
Politis
mercredi 24 décembre 2008

2008 restera dans les mémoires comme l’année où le système capitaliste aura fini par montrer aux yeux de tous ce qu’il avait réussi jusque-là à dissimuler au plus grand nombre : son cul hideux de babouin.

En quelques mois de crise généralisée, depuis les premières alertes dans le secteur des prêts immobiliers, éclate toute la perversité, l’immoralité, la saloperie d’une organisation de la planète entièrement vouée à la spéculation et au profit d’une minorité au détriment du bien-être et souvent même de la survie de tous les autres : l’immense majorité de nos frères en humanité. Ici, en Europe, en France, nous sommes dans la zone grise. De plus en plus de pauvres, dont un nombre croissant de très pauvres ; mais encore assez de filets de protection, de solidarités familiales ou associatives pour que même ceux-là passent encore pour des nantis aux yeux des multitudes affamées du Sud.

D’où tous ces audacieux au ventre creux qui tentent le grand passage, au péril de leur vie souvent, vers des pays à leurs yeux de Cocagne, dont ils sont impitoyablement refoulés (à propos, vous avez vu ? Pour remplacer Hortefeux au ministère des expulsions, on pense sérieusement à l’ex-socialiste Éric Besson, en pleine ascension dans le ciel du président.

Et 2008 s’achève avec une cerise sur le gâteau : le scandale Madoff, l’ex-président du Nasdaq, qui a réussi à détourner la bagatelle de 50 milliards de dollars, 20 % du budget de la France [1] !

Remarquez, la méga-escroquerie du talentueux Madoff a un aspect plutôt plaisant, et même franchement hilarant : c’est la liste de ses victimes. À côté de dirigeants de banques et sociétés diverses déjà mouillées dans pas mal de scandales, des particuliers richissimes, dont la notoriété et la « surface » n’ont d’égal que la cupidité :
http://www.politis.fr/Le-cul-du-babouin,5240.html

Que nous réserve l’année qui vient ? Eh bien la suite, pardi ! La continuation et l’accentuation de la crise, qui va donner toute son ampleur et développer toutes ses dimensions industrielles, sociales, sociétales. « Ce n’est qu’un début… » Compte tenu des dégâts déjà répertoriés et de tous ceux à venir, la classe dirigeante française a toutes les raisons de contempler avec inquiétude l’embrasement grec. Il n’y aurait vraiment rien d’étonnant à ce que, du Parthénon, ­l’étincelle de la révolte s’envole jusqu’à notre Quartier latin.

Lectures :

Quel est le degré de corruption de notre classe politique ?
Il serait assez élevé, à en croire un Petit Guide à peine sorti des presses et sans doute promis à quelque succès.
Brice de Tours (nom de plume), sait donc de quoi il parle.

Vous vous étonnez (comme moi) du mouvement erratique des cours du pétrole et des matières premières en général ? Le fonctionnement des bourses reste pour vous un monde mystérieux ? Vous vous demandez comment l’exercice du « doux commerce » peut donner lieu à tant d’épopées sanglantes, générer tant de rivalités, gonfler tant de scandales et engendrer tant d’injustices ? Vous aurez profit et plaisir à lire Des épices à l’or noir, à suivre autour du monde des kyrielles d’aventuriers, des dynasties de marchands, des fondateurs d’empires, au fil d’une saga contée par un professeur d’économie qui sait rendre vivant et lisible un sujet austère ; et soigneusement édité, avec de nombreuses illustrations. Une vraie réussite, un beau livre à offrir [3].

Et puis à lire encore la suite sur :
http://www.politis.fr/Le-cul-du-babouin,5240.html

Connaissez-vous Ricardo Flores Magon (1873-1922) ? Ce fut l’un des principaux théoriciens de la révolution mexicaine. Né dans l’État d’Oaxaca, père indien, mère métisse, il devient journaliste après des études de droit, manifeste contre Diaz (le militaire au pouvoir à l’époque), fait de la prison, fonde un journal, Regeneration, pour protester contre les dysfonctionnements de la justice, et finit par s’exiler au Texas pour y poursuivre son combat par le verbe et la plume. Ce sont ces Propos d’un agitateur que rééditent les éditions Libertalia. Goûtez : « De Prométhée à Kropotkine, les révoltés ont été les moteurs de l’humanité. Le dépassement qui caractérise les instants privilégiés de l’histoire, c’est la révolte. Sans elle, le genre humain se traînerait encore dans cette lointaine pénombre que les historiens appellent l’âge de pierre… » De la même maison d’édition, un recueil de témoignages de sans-papiers retenus au Centre de Vincennes, où la mort de l’un d’eux, un Tunisien, en juin dernier, a provoqué des troubles et l’incendie du bâtiment : les bénéfices de ce petit bouquin poignant sont reversés aux retenus inculpés à la suite de l’incendie [7].

Je vous souhaite de joyeuses fêtes (quand même) et une bonne année (si possible).
Bernard Langlois
pol-bl-bn@orange.fr


Notes :

[1] D’après les calculs de Gérard Filoche, auteur du plaisant commentaire suivant : « Il a réussi – pendant plus de vingt ans — à faire de l’argent avec de l’argent, sans argent, avec l’approbation de tous les rouages essentiels officiels du capitalisme mondial tel qu’il fonctionne. Il faisait du “tupperware” sans vendre de boîte en plastique. Il faisait du Tchuruk sans le dire : une entreprise sans entreprise

[
2] Petit Guide de la corruption politique, Brice de Tours, Seuil, 119 p., 15 euros.

[
3] Des épices à l’or noir, l’extraordinaire épopée des matières premières, Philippe Chalmin, Bourin éditeur, 160 p., 29 euros.

[
4] Anthologie de la connerie militariste d’expression française, vol. 4, Lucien Seroux, AAEL (8, rue de Bagnolet, 31100 Toulouse), 317 p., 15 euros.

[
5] Brèves de pouvoir, Christian Gambotti, Bourin éditeur, 235 p., 10 euros.

[
6] Slogans pour les prochaines révolutions, Denis Langlois, Seuil, 100 p., 10 euros.

[
7] Propos d’un agitateur, Ricardo Flores Magon, Libertalia, 88 p., 7 euros ; et Feu au centre de rétention, janvier-juin 2008, des sans-papiers témoignent, Libertalia, 158 p., 7 euros.

Bernard Langlois:
Est
spécialiste des rapports Nord/Sud; également membre fondateur de l'association ATTAC.
en 1988, de l'hebdomadaire Politis (gauche anti-libérale) dont il est directeur de publication jusqu'en 1999

http://www.politis.fr/Le-cul-du-babouin,5240.html

Le mouvement altermondialiste, ou altermondialisme, est un mouvement social composé d'acteurs très divers qui proposent pour l'essentiel un ensemble de valeurs « sociales » et soucieuses de l'environnement comme moteur de la mondialisation et du développement humain, en opposition à ce qu'ils analysent comme les « logiques économiques de la mondialisation néolibérale ».

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